Année Internationale des Agricultrices 2026 : Actrices de la transformation des systèmes agroalimentaires
Des agricultrices et entrepreneures rurales innovent, préservent les savoir-faire & renforcent la sécurité alimentaire tout en dynamisant les économies locales.
L’Année internationale des Agricultrices 2026, est l’occasion de mettre à l’honneur le rôle essentiel des femmes rurales dans la transformation des systèmes alimentaires, le développement agricole et la préservation des savoir-faire traditionnels. Actrices clés de la sécurité alimentaire et de la résilience des communautés, elles contribuent chaque jour, souvent dans l’ombre, à nourrir les populations, à dynamiser les économies locales et à protéger les ressources naturelles.
Dans les vastes étendues sahariennes de l’Algérie, une petite graine venue d’ailleurs est en train de redéfinir les pratiques agricoles, les habitudes alimentaires et les opportunités économiques. Derrière cette transformation se cache une initiative ambitieuse portée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en collaboration avec le Ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche.
Une introduction progressive, ancrée dans l’expérimentation
L’histoire du quinoa en Algérie commence modestement. À travers un projet pilote, des semences sont introduites et testées dans diverses conditions : plaines, hauts-plateaux et oasis. Pendant deux années, des champs expérimentaux sont mis en place, encadrés par des experts nationaux et internationaux.
Ces essais ne sont pas seulement techniques, ils sont humains. Des ateliers, des échanges et des évaluations permettent de comprendre comment adapter cette culture aux réalités locales. Progressivement, les premiers résultats ouvrent la voie à une diffusion plus large auprès des agriculteurs.
Le rôle clé des communautés locales
Très vite, une évidence s’impose : le succès du quinoa ne repose pas uniquement sur la science, mais sur les personnes. En effet, si les productions sont excellentes dans les hauts-plateaux et en milieu oasien, c’est dans les oasis que le quinoa sera adopté par les petits agriculteurs sahariens qui l’intègrent dans leurs systèmes existants, notamment sous les palmiers dattiers, optimisant ainsi l’utilisation des ressources. Les femmes oasiennes sont des actrices centrales de cette réussite.
Responsables des choix alimentaires et des opérations post-récolte, elles jouent un rôle déterminant dans l’adoption du quinoa au sein des foyers. Formées à chaque étape — de la transformation à la valorisation, motivées et appuyées par Mme Halima Khaled, elles contribuent à faire du quinoa bien plus qu’une culture : un levier de changement social.
Une dynamique collective et durable
Au fil des années, le projet dépasse le cadre expérimental pour devenir une véritable dynamique collective. En 2023, une étape majeure est franchie avec la création de l’association du quinoa d’Oued Righ, en partenariat avec l’Université Kasdi Merbah de Ouargla.
Autour de cette initiative gravitent désormais une diversité d’acteurs : agriculteurs, femmes rurales, chercheurs, étudiants et entreprises. Ces dernières, notamment celles spécialisées dans les produits sans gluten, trouvent dans le quinoa local une alternative innovante et prometteuse.
Une culture aux ambitions internationales
Aujourd’hui, le quinoa algérien dépasse les frontières. Il suscite l’intérêt au-delà du pays, tant pour ses qualités nutritionnelles que pour son adaptation aux conditions climatiques extrêmes.
Au-delà de ses performances agricoles, le quinoa incarne une vision : celle d’une agriculture inclusive, durable et portée par les communautés locales.
Une graine d’avenir
Comme le souligne Mme Halima Khaled, cette aventure est avant tout une histoire de collaboration, d’apprentissage et de persévérance. Une démonstration que l’innovation agricole peut naître dans les environnements les plus inattendus, à condition de placer l’humain au cœur du processus.
Aujourd’hui, tous les acteurs engagés poursuivent un objectif commun : donner au quinoa la place qu’il mérite en Algérie, celle d’une culture d’avenir, au service de la sécurité alimentaire, de l’économie locale et de la résilience des territoires.
Redonner vie à la Zarbiya Chaouia : le parcours inspirant de Messaouda Boumaaraf
Sur les hauteurs de Khenchela, au cœur de la région de Babar, un savoir-faire ancestral reprend vie grâce à l’engagement d’une femme déterminée, Messaouda Boumaaraf. Artisane et présidente de l’association Jisr pour la préservation de la Zarbiya et du patrimoine Chaouia, elle incarne la transmission entre les générations.
« Cette passion, je l’ai héritée de mes parents et de mes grands-parents », confie-t-elle. Plus qu’un simple tapis, la Zarbiya Chaouia est une véritable expression de l’identité culturelle locale. Chaque motif, chaque couleur raconte le quotidien, les traditions et l’histoire des femmes Chaouies et Babariennes.
Autrefois reconnue à l’échelle internationale, la Zarbiya de Babar a peu à peu perdu de sa visibilité. Aujourd’hui, Messaouda et son association se mobilisent pour lui redonner son lustre. « Nous voulons valoriser ce savoir-faire et le porter à un niveau digne de son histoire », explique-t-elle avec conviction.
Au-delà de la préservation du patrimoine, cette initiative s’inscrit également dans une démarche sociale et environnementale. Respectueuse de l’environnement, la Zarbiya est conçue entièrement à partir de matières premières naturelles, laine ovine et plantes tinctoriales, contribuant ainsi à la réduction des déchets et à la protection de la nature. « Elle est saine, elle ne présente aucun danger pour nos enfants », souligne Messaouda.
L’impact social est tout aussi significatif. À travers son activité, elle a permis à de nombreuses femmes rurales, notamment des veuves et des femmes divorcées en situation de vulnérabilité, d’accéder à une source de revenus stable. En leur fournissant du fil et en les accompagnant dans la production, l’association contribue à renforcer leur autonomie économique et à réduire leur dépendance aux aides sociales.
Cette reconnaissance s’est concrétisée le 16 avril 2025, avec l’obtention d’un label attribué en collaboration avec UNESCO et le ministère du Tourisme et et de l'Artisanat , consacrant la valeur patrimoniale et artisanale de la Zarbiya de Babar.
L’initiative s’inscrit également dans une vision plus large de développement durable. En collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et dans le cadre du projet du Barrage Vert, Messaouda met en lumière les liens étroits entre artisanat, agriculture et environnement. « Pour que la Zarbiya existe, il faut de la laine, donc des moutons. Et pour les moutons, il faut des pâturages. Cela passe par la restauration des écosystèmes et la lutte contre la désertification », explique-t-elle.
Ainsi, la Zarbiya devient bien plus qu’un produit artisanal : elle s’intègre dans un système écologique et économique cohérent, contribuant à la résilience des communautés rurales.
Aujourd’hui, Messaouda aspire à aller encore plus loin. Elle souhaite renforcer les capacités des femmes artisanes à travers des formations et continuer à développer cette filière avec l’appui de la FAO, afin de faire face aux défis climatiques croissants.
À travers son engagement, Messaouda Boumaaraf démontre qu’en valorisant les savoirs traditionnels, il est possible de créer des opportunités durables, de préserver l’environnement et de redonner espoir aux communautés rurales.
De la formation à l’entrepreneuriat vert : le parcours inspirant de Rayane Bouchra Lagha
À seulement 26 ans, Rayane Bouchra Lagha, originaire de la wilaya de Khenchela, incarne une nouvelle génération d’entrepreneures engagées pour une agriculture innovante et durable. Ingénieure en biotechnologie végétale, elle est aujourd’hui directrice de son entreprise « Rayane Bio », spécialisée dans l’extraction des huiles essentielles et végétales ainsi que dans la production et la transformation du safran.
Son parcours débute en 2021, à l’issue de ses études universitaires, lorsqu’elle participe à une formation technique sur l’extraction des huiles essentielles et végétales organisée dans le cadre d’un programme de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en collaboration avec la Direction des Forêts et l’École Nationale des Forêts. Cette expérience constitue un véritable tournant. « Cette formation m’a donné les bases techniques et la confiance nécessaires pour me lancer », explique-t-elle.
Dans une région reconnue pour son potentiel en plantes médicinales et aromatiques, notamment le romarin, Rayane identifie rapidement une opportunité à fort impact. En 2023, avec des moyens limités mais une détermination sans faille, elle lance son propre projet. Elle investit dans une petite unité d’extraction, réalise une étude de marché, obtient sa carte d’artisan et entame la production.
Parallèlement, elle s’implique activement dans le développement du secteur agricole. Elle devient présidente d’une association d’agriculteurs pour le développement et l’investissement agricole, et consultante auprès de la Fédération nationale des investisseurs et exportateurs.
Mais le chemin de l’entrepreneuriat n’est pas sans obstacles. Rayane fait face à plusieurs défis majeurs : un accès limité au financement pour développer son activité, des contraintes administratives complexes et des difficultés liées à la commercialisation de ses produits.
Son engagement et sa persévérance seront finalement récompensés en 2024, où elle participe à un programme d’innovation soutenu par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et financé par l’Union européenne. Ce programme lui permet de renforcer son projet et d’envisager son expansion. Avec l’appui combiné des programmes de la FAO et du PNUD, elle a pu consolidé ses capacités techniques et entrepreneuriales.
Aujourd’hui, son initiative va bien au-delà d’un projet individuel. En développant son activité, Rayane contribue à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes femmes et hommes de sa région, tout en valorisant les ressources locales.
Son ambition est claire : « Mon rêve est de créer une véritable usine de production d’huiles essentielles et végétales, à la hauteur du potentiel de Khenchela en plantes médicinales et aromatiques ».
À travers son parcours, Rayane Bouchra Lagha démontre que l’innovation, la formation et l’accompagnement peuvent transformer des idées en projets concrets, porteurs de développement économique et social durable.