Covid-19 : les difficultés financières et d’approvisionnement retardent le déploiement du vaccin en Afrique

Un blocage des approvisionnements et des difficultés financières retardent le déploiement des vaccins anti-Covid-19 en Afrique.

Et cela risque d’entraver les plans visant à étendre considérablement le déploiement des sérums sur le continent, a averti jeudi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Alors que les habitants des pays riches appuient sur le bouton de réinitialisation cet été et que leur vie commence à paraître normale, en Afrique, nos vies resteront en suspens », a regretté la Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

Dans le monde, un total de 1.407.945.776 doses de vaccin ont été administrées, selon un décompte établi par l’OMS le mardi 18 mai 2021.

Sur le continent, des retards d’approvisionnement et les pénuries de vaccins contraignent de plus en plus de pays africains à accuser davantage de retard par rapport au reste du monde en ce qui concerne la vaccination contre la Covid-19. Désormais, le continent africain ne représente plus que 1% des doses de vaccin administrées dans le monde, contre 2% il y a quelques semaines.

L’Afrique n’a reçu en 3 mois que 18 millions des 66 millions de doses promises

Comme pour aggraver les retards de la campagne vaccinale, les livraisons de vaccins via COVAX se sont pratiquement arrêtées en mai. En effet, le « Serum Institute of India » a décidé de privilégier ses doses pour un usage domestique dans le pays hôte.

Dans ces conditions, le continent africain n’a reçu entre février et mai qu’un quart - 18,2 millions - des 66 millions de doses attendues par le biais du mécanisme de COVAX. « C’est injuste », a ajouté la Dre Moeti lors d’un point de presse virtuel depuis Brazzaville (Congo).

Dans cette course contre la montre, l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU estime que le déficit d’approvisionnement peut être comblé si les pays disposant de doses excédentaires mettent de côté un pourcentage de vaccins pour le dispositif COVAX. A ce sujet, la Dre Moeti a salué la promesse faite cette semaine par les États-Unis de partager « 80 millions de doses avec d’autres pays, en plus des récentes expéditions de vaccins de la France vers la Mauritanie ».

« Le partage des doses est essentiel pour mettre fin à la pénurie d’approvisionnement et à la pandémie dans son ensemble, car personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas », a-t-elle fait valoir.

Le chef de l’ONU réitère son appel à un accès équitable et durable des vaccins

En attendant, le dispositif COVAX continue d’explorer d’autres options permettant d’atténuer l’impact de cette pénurie mondiale d’approvisionnement. Selon l’OMS, des « négociations actives » sont en cours avec d’autres fabricants de vaccins afin de « diversifier le portefeuille ».

L’objectif est de soutenir « l’augmentation à moyen et long terme de la capacité de fabrication ».

« Nous sommes optimistes quant à l’amélioration significative de la disponibilité des vaccins au cours du second semestre de l’année. Nous pouvons encore rattraper le retard pris, mais le temps presse », a dit à la presse la Dre Moeti.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a souligné mercredi, dans une déclaration adoptée à l’unanimité, la nécessité d’accroître l’aide à l’Afrique face à la pandémie de Covid-19, notamment en matière de vaccins, jugeant insuffisante la vaccination sur ce continent.

Lors d’une réunion virtuelle consacrée à la paix et la sécurité en Afrique, le Secrétaire général de l’ONU António Guterres s’était inquiété aussi de l’offre limitée des vaccins et leur accès tout aussi limité sur le continent. Le chef de l’ONU a ainsi renouvelé son appel à un accès équitable et durable aux vaccins dans le monde entier.

En plus des retards d’approvisionnement et des pénuries de vaccins, le financement des coûts opérationnels constitue également « un obstacle majeur » pour certains pays africains.

Huit pays ont épuisé tous leurs vaccins

Huit pays ont épuisé tous leurs vaccins, mais plus de 20 pays ont administré moins de 50% de leurs doses.

Dans certains pays africains, le manque de fonds entraîne déjà des retards, auxquels s’ajoutent une pénurie de vaccinateurs, une formation sous-optimale, une communication insuffisante pour stimuler l’adoption des vaccins et une incapacité à saisir des données cruciales ou à imprimer et distribuer des cartes de vaccination.

La plupart des pays africains ont mis en place des plans financiers pour couvrir en premier, au moins 3% de leur population. Mais selon l’OMS, les premiers éléments montrent que de nombreux plans financiers sont « inadéquats pour les phases suivantes », plus importantes et plus dispersées géographiquement.

Les plans d’évaluation des coûts omettent également des dépenses cruciales telles que l’embauche de vaccinateurs, l’administration, le stockage en chaîne du froid, la logistique et le transport pour que les vaccins atteignent des populations très éparpillées. Pour l’agence onusienne, il est donc essentiel de profiter de cette période où les doses sont limitées, pour calculer les coûts et planifier un déploiement plus efficace.

Il s’agit de faire en sorte que toutes « les doses soient utilisées aussi efficacement que possible et qu’aucune ne soit gaspillée ».

Entités des Nations Unies impliquées dans cette initiative
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