Histoire
11 août 2026
Face à l'évolution de la traite des êtres humains, l'Algérie et les Nations Unies renforcent leur coopération
Alger, 30 juillet 2026 – Derrière de fausses offres d'emploi diffusées sur les réseaux sociaux, des plateformes numériques ou des applications de messagerie, des milliers de personnes sont chaque année piégée par des réseaux criminels avant d'être exploitées dans des centres d'escroquerie, soumises au travail forcé ou victimes d'autres formes d'exploitation. Selon le Rapport mondial 2024 de l'ONUDC sur la traite des êtres humains, le travail forcé représente près de 65 % des victimes de traite détectées en Afrique du Nord, tandis que les enfants constituent une part importante des victimes identifiées. D'autres formes d'exploitation demeurent également préoccupantes, notamment la mendicité forcée impliquant des enfants. Ces chiffres ne reflètent toutefois qu'une partie de la réalité, de nombreuses victimes demeurant invisibles.À mesure que les réseaux criminels adaptent leurs méthodes, notamment grâce aux technologies numériques qui facilitent le recrutement, le contrôle et l'exploitation des victimes, la coopération entre les États et les partenaires internationaux devient plus essentielle que jamais.C'est dans cette perspective que le Bureau de programme de l'ONUDC en Algérie a organisé, le 30 juillet, à l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des personnes, une rencontre en partenariat avec le Ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l'étranger et des Affaires africaines et avec le soutien de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas en Algérie. Réunissant des représentants des institutions nationales, des agences des Nations Unies, du corps diplomatique et de partenaires internationaux, cette journée avait pour objectif de renforcer le dialogue, de partager les expériences et d'encourager une réponse coordonnée face à l'une des formes les plus graves de criminalité organisée et de violation des droits humains.Adapter les réponses à un phénomène en constante évolution Placée sous le thème « Trapped Behind the Scam » (« Piégés derrière l'escroquerie »), la campagne mondiale de l'édition 2026 de la Journée mondiale a mis l'accent sur l'émergence de nouvelles formes de traite facilitées par les technologies numériques. L'ONUDC attire l'attention sur des victimes recrutées par de fausses offres d'emploi puis transférées vers des centres d'escroquerie où elles sont contraintes, sous la menace, la violence ou la coercition, à participer à des activités frauduleuses telles que les escroqueries sentimentales, les fraudes liées aux cryptomonnaies ou d'autres stratagèmes ciblant des victimes à travers le monde. Cette évolution du phénomène rappelle que la prévention, la détection et les enquêtes doivent évoluer au même rythme que les modes opératoires des réseaux criminels.La rencontre a également réuni plusieurs agences des Nations Unies présents en Algérie, des représentants du Ministère des Affaires étrangères et de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas, témoignant de l'approche intégrée du système des Nations Unies face à ce phénomène. Les discussions ont rappelé que la lutte contre la traite des personnes mobilise de nombreux domaines d'intervention — protection, migration, droits humains, santé, enfance, emploi, gouvernance et résilience — et nécessite une réponse coordonnée entre les différents acteurs.Les technologies doivent devenir un outil de protection Dans son intervention, Mme Savina Ammassari, Coordonnatrice résidente des Nations Unies en Algérie, a rappelé que les nouvelles technologies représentent aujourd'hui un double défi. Si elles sont utilisées par les réseaux criminels pour recruter et exploiter leurs victimes, elles peuvent aussi devenir un puissant levier de prévention, de détection des situations à risque et de protection des victimes lorsqu'elles sont mises au service des autorités, des organisations internationales et de la société civile.« Ensemble, redoublons d'efforts. Construisons un monde dans lequel personne ne pourra jamais être acheté, vendu ou exploité. »Renforcer la réponse nationale centrée sur les victimesLes échanges ont également souligné que les crises économiques, les conflits, les déplacements forcés et les effets des changements climatiques contribuent à accroître les vulnérabilités et les mouvements de population, créant un environnement dont les réseaux criminels tirent parti pour recruter et exploiter leurs victimes.Mme Aliane Dalila, Secrétaire générale de l'Organe national de protection et de promotion de l'enfance, a présenté les mécanismes mis en place pour protéger les enfants contre toutes les formes d'exploitation, en insistant sur l'importance d'une approche coordonnée mobilisant les institutions publiques, les acteurs judiciaires et la société civile.Les participants ont également examiné les travaux du Comité national de prévention et de lutte contre la traite des personnes. Mme Hamma Ahlem, Sous-directrice de la Justice pénale au Ministère de la Justice et membre permanent du Comité national, a présenté les avancées enregistrées ainsi que les défis restant à relever pour renforcer la prévention, améliorer l'identification des victimes et consolider les poursuites judiciaires contre les auteurs.Au nom du Ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l'étranger et des Affaires africaines, le représentant du Ministère a souligné que la stratégie nationale repose sur quatre piliers complémentaires : la prévention, la protection des victimes, les poursuites judiciaires et la coopération internationale, avec une attention particulière portée aux femmes et aux enfants, qui demeurent parmi les populations les plus exposées.Le partenariat international, un levier essentielLe représentant de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas en Algérie a réaffirmé l'engagement de son pays en faveur de la lutte contre la traite des personnes et de la promotion d'une migration sûre, régulière et ordonnée. Il a souligné que la coopération avec l'Algérie contribue à renforcer les capacités des institutions nationales, à protéger les personnes vulnérables et à développer des réponses communes face à un phénomène qui dépasse les frontières.Tout au long de la journée, les participants ont également suivi le message vidéo de la Directrice exécutive de l'ONUDC ainsi que plusieurs supports de sensibilisation produits dans le cadre de la campagne mondiale, illustrant les nouvelles formes d'exploitation facilitées par les technologies numériques.« Grâce aux technologies modernes et à l’intelligence artificielle, ces réseaux opèrent désormais avec une grande facilité au-delà des frontières et dans tout l’espace numérique. C’est pourquoi une réponse internationale unie et coordonnée est indispensable. » - Monica Juma, Directrice exécutive de l’ONUDCTransformer les engagements en actions Au-delà de la commémoration de la Journée mondiale, cette rencontre a permis de renforcer le dialogue entre les institutions nationales et leurs partenaires autour de priorités communes : mieux prévenir les risques, répondre aux vulnérabilités croissantes liées aux conflits, aux crises économiques, aux changements climatiques et aux déplacements de population, adapter les réponses aux nouvelles formes de traite facilitées par le numérique, renforcer la coopération judiciaire et placer les victimes au cœur des politiques publiques.En réunissant les pouvoirs publics, les partenaires internationaux, les agences des Nations Unies et la société civile, cette initiative illustre une conviction partagée : face à un crime en constante évolution, seule une approche fondée sur les droits humains, la coopération internationale et l'innovation permettra de protéger les personnes les plus vulnérables et de traduire les engagements en résultats concrets.Le Système des Nations Unies en Algérie réaffirme son engagement à accompagner les autorités nationales dans le renforcement des capacités, la promotion de politiques centrées sur les victimes et le développement de partenariats durables afin de prévenir la traite des personnes, poursuivre les auteurs et veiller à ce que personne ne soit laissé de côté.LE SAVIEZ-VOUS ?La traite des personnes en quelques chiffresPrès de 75 000 victimes de la traite des personnes ont été détectées dans 156 pays en 2022, selon les données compilées par l'ONUDC. Le nombre réel de victimes est toutefois estimé bien plus élevé.Rien qu’en Asie du Sud-Est, on estime que plus de 220 000 personnes ont été entraînées dans cette industrie de l’escroquerie.Les femmes et les filles représentent environ 61 % des victimes détectées, tandis que près d'une victime sur trois est un enfant.Le travail forcé est devenu la forme d'exploitation la plus fréquemment détectée dans le monde, devant l'exploitation sexuelle dans plusieurs régions.Les réseaux criminels utilisent de plus en plus les plateformes numériques, les réseaux sociaux et les fausses offres d'emploi pour recruter et exploiter leurs victimes, notamment dans des centres d'escroquerie.Une réponse efficace repose sur quatre piliers complémentaires : prévenir, protéger les victimes, poursuivre les auteurs et renforcer les partenariats.Source : Rapport mondial 2024 de l'ONUDC sur la traite des êtres humains.